(photo, Ugo)
Je ne me rappelle plus très bien ce qui s'est passé ce soir là. Je me rappelle seulement avoir raccompagné Lola chez elle, que finalement, non, elle ne voulait pas rentrer chez elle, elle voulait plutôt faire la fête.
Alors elle a appelé tous les gens qu'elle connaissait , ils sont tous arrivés quelques minutes plus tard, et là, subitement, après cela, je ne me souviens absolument pas ce qui s'est passé.
Le trou noir.
Enfin, le trou noir... pas si noir que ça, en fin de compte. D'ailleurs, il commence légèrement à virer au gris. Je n'ai pas fait la fête ce soir là. Comme tous les autres soirs, d'ailleurs.
- Allez Ugo, viens ! Pour une fois, ne joue pas ton solitaire et sort t'amuser un peu.
- Non.
- Ce que tu peux être lourd alors. Tu vas finir vieux jeu...
- Si tu le dis.Lola roula des yeux, totalement exaspérée.
- Parfois je me demande comment avons nous fait pour devenir amis.
- Parce-que je suis tout ton contraire.
- ... et les contraires s'attirent, c'est bien connu.Silence. Elle me regarda droit dans les yeux et sourit.
- Tu es tellement différent des autres aussi. Mais si je n'étais pas là, tu ne sortirai jamais. Tu devrais me remercier !
- Et toi aller t'occuper de tes invités.
- Oh, ne sois pas rabat-joie, dit-elle en riant.
Elle s'alluma une autre cigarette et repartit dans son appartement.
Je descendis la volée de marche pour me retrouver dans la rue éclairée d'un néon de lampadaire. J'adorai Montmartre la nuit. De plus, l'hiver, les rues étaient désertes, et je pouvais déambuler des heures ainsi, admirant Paris la nuit et prenant des photos.
Si Lola était une passionnée de cinéma, je ne m'étais jamais vraiment trouvé de véritable passion.
Cela vaquait de période en période ; la photo, l'art, la poésie, la musique... Sur ce dernier point, toutefois, elle et moi étions d'un commun d'accord, la musique, et plus particulièrement le rock, faisait parti de notre quotidien.
Puisque nous habitions tous les deux à Montmartre, nous n'étions pas loin de la salle La Cigale et des magasins de musique. Ainsi, les concerts et les après-midi passées dans ces lieux à écouter le son d'une génération était notre échappatoire.
Une légère neige commença à tomber, ce qui m'offrait des images intéressantes. Le silence régnait, et, seul avec mon petit appareil photo d'amateur, je m'amusai comme un fou avec les jeux d'ombre et de lumière.
Mes photos étaient toujours en noir et blanc.
La Photographie, avec un grand P, elle était pour moi symbolisée par les plus grands : Robert Doisneau, Henri Cartier Bresson, Jean Loup Sieff... Tous étaient adonnés au noir et blanc ; alors je ne me voyais pas faire autrement. Et puis aussi, l'absence de couleur donnait comme de la gravité à une image, un côté nostalgique.
Et un adolescent de dix sept ans qui est chargé de nostalgie, je trouve cela très drôle.
Je restai quelques instants devant le Sacré Coeur, après avoir pris de nombreux clichés. M'asseyant sur les marches, je regardais mes ½uvres avec un sourire amusé. J'aimais bien mon côté amateurisme raté.
Après avoir rangé l'appareil photo, je me levai et me mis en marche, sans destination exacte.
[...]
Accoudé à une rambarde d'escalier, admirant ma vue imprenable sur la capitale, je n'entendis pas d'abord ce léger bruit, ce bruit qui s'amplifiait au fur et à mesure qu'il s'approchait de moi.
Je tournai la tête et cru apercevoir une silhouette.
Elle
chantait, d'une voix grave et douce. Homme ou femme ? J'étais trop loin pour m'en assurer.
Jusqu'au moment où je reconnu l'air, une chanson des Libertines. Mais cette personne avait presque le même timbre que Pete Doherty, avec un accent anglais irréprochable.
Une légère rafale de vent souffla, et je perdis ma mystérieuse silhouette de vue.
- ... ♪ Shoop shoop, shoop de-lang de-lang ♪♪... Je me retournai lentement.
- Oh, sorry ! Do you have a lighter, please ?*
Suspenceeeee... maintenant, plus d'excuses pour ne pas laisser de commentaires, il y a une intrigue =D.